Comment faire vivre un plan stratégique au-delà du COMEX ?

Par Thomas Nardone, directeur conseil

Près de 6 salariés français sur 10 ne comprennent pas les objectifs à long terme de leur entreprise. C’est l’un des enseignements marquants de l’étude Hopes & Fears 2026 de PwC.

Un chiffre qui interpelle, alors que les entreprises consacrent beaucoup de temps et d’énergie à définir leur stratégie. Plans à trois ou cinq ans, feuilles de route, grands piliers de transformation… La stratégie est partout. Mais une fois définie, sa communication se résume encore trop souvent à un temps fort : une convention, une présentation, un document mis à disposition sur l’intranet.

Avec une limite évidente : diffuser une stratégie ne signifie pas qu’elle est comprise. Et encore moins qu’elle est appropriée.

Or, une stratégie mal comprise n’est pas seulement un problème de communication. Elle finit par devenir un problème d’exécution, avec des conséquences très concrètes pour l’entreprise. Difficile de demander aux collaborateurs de faire évoluer leurs pratiques, de prendre les bonnes décisions ou d’accompagner une transformation s’ils ne comprennent pas clairement le cap.

De la diffusion à l’appropriation

L’enjeu n’est donc pas seulement de faire connaître un plan stratégique. Il est de permettre à chacun de comprendre où va l’entreprise, pourquoi elle prend cette direction et, surtout, ce que cela change pour son métier.

Pour y parvenir, encore faut-il traduire la stratégie en messages que chacun peut s’approprier et relier à sa réalité. C’est là que commence le travail éditorial.

Hiérarchiser l’information. Simplifier les concepts sans les appauvrir. S’appuyer sur des réalisations. Faire parler les dirigeants, mais aussi les collaborateurs qui mettent la stratégie en œuvre. Donner enfin aux managers les moyens de la traduire auprès de leurs équipes.

En clair, un plan stratégique n’est pas un document à communiquer. C’est une matière à éditorialiser, pour la rendre plus claire et plus proche du quotidien.

À chaque entreprise son dispositif

Cette éditorialisation peut prendre des formes très différentes. Pour donner corps à son plan Boost 2027, Generali France a par exemple choisi un dispositif immersif et interactif. Une ville imaginaire composée de plus de 60 scènes permet aux collaborateurs d’explorer librement les différentes dimensions de la stratégie. Plutôt que de dérouler un discours linéaire, cette expérience donne à chacun la possibilité d’entrer dans le plan par les sujets qui le concernent et de progresser à son rythme.

Autre parti pris avec le Groupe VYV : les grands axes de Vision 2035 deviennent la matière d’une série d’émissions. Un format incarné et ancré dans le réel, qui croise la vision des dirigeants avec la voix des collaborateurs. Des reportages sur le terrain montrent aussi comment les orientations stratégiques se traduisent déjà en actions concrètes. La stratégie n’est plus seulement expliquée : elle est racontée par ceux qui la portent.

Chez Eiffage Construction, le Plan stratégique 2030 privilégie une logique plus pédagogique et décentralisée : clarification et hiérarchisation des messages, motion design pour en faciliter la compréhension, mais aussi kit de communication à destination des managers, filiales et territoires, pour leur permettre de s’approprier la stratégie et de la faire vivre auprès des équipes, en l’adaptant à leurs réalités.

Trois approches, trois manières de faire vivre une stratégie. Il n’existe pas de format miracle : le dispositif doit d’abord répondre aux publics, à leurs usages et à la culture de l’entreprise.

À l’heure où les entreprises enchaînent les transformations, l’appropriation de la stratégie devient une condition de son exécution. Car le véritable enjeu est bien là : faire sortir le plan stratégique des slides du COMEX pour le faire entrer dans les décisions et le quotidien des équipes.

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